Ma seconde journée à l’USI 2010

La première journée de l’Université du SI a mis la barre relativement haut. Pour ma part, aucune des sessions suivies le jeudi ne m’a déçue, ce que je ne pourrais pas dire pour celles du vendredi malgré un démarrage sur les chapeaux de roues avec Neal Ford et Martin Fowler.

Mon top 3

  • Keynote « Pourquoi, pas comment » de Neal Ford et Martin Fowler (ThoughtWorks)
  • Performance des sites web, quoi et comment, par Eric Daspet (SQLI)
  • Keynote de Derrick de Kerckhove (Université de Toronto)

Les différentes sessions en concentré

Pourquoi, pas comment. Par Neal Ford et Martin Fowler (ThoughtWorks)

Une idée forte : Le pair-programming c’est la combinaison d’un hémisphère gauche d’un hémisphère droit, compensant l’impossibilité pour un être humain d’activer ses deux hémisphères en même temps.

La présentation par deux des modèles des plus Geeks d’entre nous avait pour but de mettre en avant la pensée agile. Notamment axée autour de valeurs prônées par le Manifeste Agile, la présentation a été largement illustrée par des exemples et anecdotes.

Le premier aspect abordé a été le passage d’une approche prédictive (planification) à une approche adaptative. En effet, le succès d’une planification prédictive repose sur le contenu de la planification, lui même dépendant de la stabilité du besoin, chose assez rare. Il est donc bien plus sain d’avoir une planification qui s’adapte à l’évolution du besoin, et ceci avec un délai de réaction / ajustement le plus faible possible.

Le second thème abordé est l’inversion de la relation entre le process et les hommes, illustré par l’expression « people first ». Cela passe notamment par la communication, le feedback et la visibilité (mesure du progrès), des pratiques comme le binômage ou la tenue de rétrospectives.

Dernier thème cher aux intervenants : le fun. En effet, cette composante n’est pas à négliger et contribue à la bonne ambiance tout en améliorant le quotidien des équipes (l’exemple de la lecture d’un son personnalisé par membre après un build passant illustre bien la combinaison du côté fun et de l’amélioration de la communication et de la productivité).

How the web was won, and other useful stories, par Mark Surman (Mozilla)

Une idée forte : « Open is the logic that wins in the digital world »

Mark Surman a retracé l’histoire du Web et notamment la situation du Web en 2003 qui a été l’un des déclencheurs de la création de la fondation Mozilla. Selon lui, les caractéristiques clés de l’internet sont la transparence, l’ouverture, le contrôle partagé, donnant lieu à un phénomène participatif. Il nous a expliqué que le point de départ de la fondation Mozilla a été le constat en 2003 d’une domination à plus de 98% d’Internet Explorer comme navigateur, marquant l’absence totale de standards et donnant lieu à des sites allant jusqu’à réclamer le navigateur à l’utilisateur.

Une affirmation percutante de la part du speaker a consisté à dire que l’ensemble du web était Open Source (on comprend mieux les détracteurs de la technologie Flash entre autres) puisqu’on peut afficher la source d’un document et réutiliser du code à souhait. C’est c’est aspect que défend la fondation par l’intermédiaire d’un extrait de son manifeste : « guard the open nature of the Internet ».

Kanban in Operations, par Mattias Skarin (Crisp)

Une idée forte : L’implication du management est primordiale

Mattias Skarin, co-auteur de Kanban et Scrum – tirer le meilleur des deux, nous a présenté un retour d’expérience sur l’amélioration de la productivité d’une équipe d’exploitation chez l’un de ses clients.

Il a illustré la mise en place d’un board Kanban destiné à aider l’équipe à gérer les priorités et la collaboration entre l’équipe d’exploitation et celle de développement, amenant au fil du temps l’organisation à évoluer vers une service exploitation partie intégrante du service développement (au départ les services étaient indépendant). Un bel exemple illustrant les bénéfices du Kanban en matière de communication, collaboration, et gestion de flux de travail.

A noter que le speaker a insisté sur l’importance d’impliquer le management dans ce type d’initiatives. Pour l’anecdote, le manager avait lui aussi un tableau Kanban à 2 slots pour traiter des points de blocages externes à l’équipe. Et c’est à l’équipe de libérer un slot en décidant si le manager a débloqué la situation ou non.

Performance des sites web, quoi et comment. Par Eric Daspet (SQLI)

Une idée forte : « Moins, c’est plus (de performance) »

L’objectif du speaker était de nous sensibiliser à l’optimisation du frontend des sites web. En effet, il nous a expliqué que bien souvent les mesures de performance se focalise sur le backend, à savoir le temps de génération d’une réponse HTTP. Il préconise justement des mesures complètes incluant l’affichage complet de la page (images, scripts d’initialisation, etc.) pour se rendre compte que la partie liée au frontend (le rendu dans le navigateur) peut représenter parfois 95% du temps total et donc justifier qu’on s’attache à optimiser cette partie.

Parmi les conseils prodigués (dont certains ressembleront sans doute à du bon sens pour les spécialistes du domaine), on notera la diminution du nombre de requêtes HTTP (utilisation du cache HTTP, regroupement d’images en sprites), la diminution du volume (compression HTTP et images pouvant être pris en charge par le serveur Web), le contournement de la séquentialité des appels (répartir des ressources sur plusieurs domaines pour pouvoir les charger en parallèle, utiliser des appels JavaScripts asynchrones). Eric nous a également présenté quelques astuces et recommandé des outils comme Yslow et Google Page Speed.

« Un regard sur l’ouverture ». Keynote de Jean-Philippe Courtois (Microsoft)

Une idée forte : Microsoft veut être parmi les leaders sur le Cloud

Dans le cadre du thème de la demi-journée (Ouverture), Jean-Philippe Courtois nous a communiqué un certain nombre d’informations illustrant le fait que Microsoft s’investit sur le sujet bien plus que ce que les clichés usuels peuvent laisser à penser (mention de Codeplex, des différentes initiatives et collaborations avec de petits éditeurs, ). Il a notamment invoqué des sujets comme la propriété intellectuelle et les brevets, présentant notamment les contraintes que nous avons en Union Européenne (traduction dans toutes les langues des Etats membres) et des initiatives en cours. Il estime notamment qu’il est important que les règles sur les brevets évoluent vers une description précise des concepts à protéger, afin d’éviter les situations qu’on a pu rencontrer par le passé.

Autre sujet abordé, l’interopérabilité entre les produits et concernant les données. Il en ressort que la notion de choix est primordiale. Quelques chiffres pour conclure sur la tendance Cloud : le nombre d’applications payantes déployées sur Azure dépasse les 10 000, 90% des 300 00 développeurs MS sont sur des projets Cloud, 9.5 milliards de dollars d’investissements.

Jean-Philippe Courtois a consacré une bonne partie de sa keynote pour laisser l’audience l’interroger sur des sujets parmi lesquels on aura eu entre autres les brevets, Internet Explorer, la prochaine version de Windows, la position de Microsoft concernant les DRM.

Keynote de Derrick de Kerckhove (Université de Toronto)

Une idée forte : Marshall McLuhan (1911-1980) avait tout prédit dans les années soixantes

Derrick de Kerckhove est le directeur du programme McLuhan « Culture and Technology » et professeur au département de français de l’Université de Toronto. Il nous a invité à prendre de la hauteur sur l’évolution des usages à travers les siècles passés et la prédominance / importance de l’imprimerie et de l’écriture, pour en arriver à la seconde phase de l’ère numérique et l’appropriation du langage.

Il nous a parlé de ce qu’il considère être l’ère du tag, l’a abondamment illustré par des phénomènes plus ou moins connus comme Twitter, Chatroulette, etc., ainsi que des initiatives comme Airtag.

Unleash your Domain, par Greg Young

Une idée forte : L’approche DDD permet de répondre plus aisement à des problématiques d’audit des modifications sur les objets métier

Greg Young, l’un des spécialistes du Domain Driven Design, a essayé de sensibiliser l’auditoire sur les problèmes que se propose de résoudre le DDD. L’un des messages délivrés concerne notamment la notion d’impedance mismatch qui est d’après lui résolue par l’approche DDD, tout comme elle permet un meilleur suivi et plus facile des opérations menées sur un objet métier (être capable de distinguer la différence entre l’ajout de 3 éléments suivi du retrait d’un élément dans un panier, et l’ajout de 2 éléments, l’information de retrait pouvant être très utile).

Session malheureusement trop courte/speed coupée dans son élan.

The challenges of long-term software quality in Open Source, par Juergen Höller (SpringSource)

Une idée forte : Le succès sur le long terme de Spring repose sur un modèle de type Benevolent Dictator

Juergen Höller, après avoir présenté la genèse du framework Spring et dressé l’inventaire du portfolio Spring, a expliqué les enjeux de la maintenance du framework. Ainsi, même si le framework ne repose que sur peu de librairies obligatoires, il intègre un grand nombre de third parties (framework et serveurs d’application) pour en simplifier l’usage pour les développeurs, ce qui nécessite de s’adapter aux évolutions et d’être compatible une gamme de versions.

Il nous a également expliqué que la nature même d’un projet Open Source comme Spring impose à ses développeurs d’être très attentif sur la qualité du code, lequel est visible de tout le monde, car la moindre erreur sera inévitablement vue et rappelée. Sur les échanges de l’équipe de développement avec la communauté (suggestions, rapport de bug, forums, etc.), il estime qu’il est important de répondre dans un délai le plus court possible afin de fidéliser les membres et les encourager à poursuivre le feedback et à s’investir, ce qui est également favorisé par la mise à disposition de builds quotidiens (nightly build) et la présence aux conférences.

Concernant l’évolution du framework au fil du temps, il a décrit celle-ci comme opposée à une révolution (ex. Struts 1 vers Struts 2) qui serait très préjudiciable quant à l’adoption de Spring.

Enfin, parmi les facteurs clé de succès mentionnés, on retrouvera l’importance des outils de communication pour des équipes distribuées à travers toute la planète comme celles de SpringSource (Skype, rencontres physique au moins 2 fois par an), l’importance de se connaître, et le choix d’un modèle de “Benevolent Dictator” (à l’opposé de celui de l’Apache Software Foundation qui se base sur la méritocratie). Ce modèle, prônant une gouvernance par un leader technique s’inscrivant sur la durée, est selon lui adapté à la mise en oeuvre et maintenance de frameworks.

Libérer les énergies de la DSI, par Pierre Pezziardi (Octo Technology)

Une idée forte : La DSI 2.0 passe par la mise en place d’équipes produit

Pierre Pezziardi nous a délivré des conseils basés sur l’accompagnement qu’il a mené au sein de la DSI de Gefco. Il nous propose notamment une nouvelle façon de mixer les gens autour d’un produit et non les regrouper par spécialités, de s’appuyer sur la définition d’un manifeste (référence à Tribes par Seth Godin) et de standards ouverts et émergents.

Parmi les facteurs permettant d’augmenter les performances d’une équipe, il cite notamment l’autonomie, la maîtrise et l’accomplissement, ainsi que le sens / objectif.

Keynote de Juan Enriquez (Biotechonomy LLC)

Une idée forte : “Read it, copy it, write it”

Cette keynote, dont le sujet portait sur la génétique, est difficile à restituer. Juan Enriquez, lequel se dit “I’m not a futurist, I’m an historian” nous a rappelé quelques chiffres fondamentaux liés à la génétique et à la constitution de l’ADN des hommes et autres formes de vie animales. Il a par la suite tiré quelques parallèles entre la génétique et la notion de code (binaire) tel qu’on le perçoit dans le milieu IT : par exemple, la faible différence dans la constitution de la signature génétique d’un homme et d’un rat, avec une différence considérable sur le résultat montrant qu’une simple inversion de 0 et de 1 provoque des changements importants.

Il a axé sa présentation sur l’affirmation “Read it, copy it, write it” largement applicable à notre domaine, en illustrant différentes expérimentation réalisées. Je ne saurais pas tout vous restituer avec fidélité mais une anecdote qui m’a marqué a été la “création” (write it) d’une souris à partir d’une cellule de souris (si j’ai bien compris, une cellule contenant toute la signature génétique, il suffit de “lui indiquer” la fonction qu’elle doit prendre : oreille, pate, etc.).

Un sujet passionnant, peut-être un peu éloigné du métier de l’IT à première vue. C’est sans compter sur le bestseller “As the Future Catches You” dont Juan Enriquez est l’auteur et vous propose une analyse de l’impact de la génétique sur le business et la société.

Conclusion

L’Université du SI est un événement unique de par son positionnement à cheval sur un auditoire Geek et un auditoire Boss : de quoi y trouver son compte, mais aussi aller voir ce qui se passe dans « l’autre monde ».

Dans un lieu soigné et agréable, avec des conditions météo parfaites (même s’il manquait de climatisation dans une des salles), l’organisation a été au rendez-vous notamment sur la logistique (accès internet, espace de recharge des mobiles, fléchage, écrans d’information, etc.) et la restauration.

Parmi mes regrets, on retrouve l’enchaînement des sessions et la contrainte de la diffusion simultanée à Casablanca entraînant l’interruption brutale de certaines sessions et l’impossibilité d’échanger avec le speaker sur des questions / réponses (même si nous étions invités à aller voir le speaker individuellement, ce n’est pas la même chose en terme de partage avec l’ensemble des participants). J’aurai préféré davantage de temps entre les sessions, ce qui aurait permis ces échanges, quitte à rogner sur les 90′ de pause déjeuner.

En amont de la conférence les participants étaient invités à remplir leur profil et notamment la liste des sujets d’intérêt, malheureusement ce fameux « Parlez moi de » est resté vierge sur les badges personnalisés distribués à l’entrée : dommage.

Pour autant, le niveau général des sessions a été tel que je ne regrette pas (quasiment un sans faute pour la 1ère journée) ma participation et que je garde en tête les dates du 4 et 5 juillet 2011 tout en espérant que la part de speakers anglophones restera modeste et que la conférence continuera à propulser les professionnels francophones sur le devant de la scène.

Retrouvez également mon résumé de la 1ère journée qui contient en fin d’article l’inventaire des autres retours / compte-rendu de participants.

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