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Débriefing de la Wearable Tech Paris – part 2

Cet article est la suite de l’article intitulé « Débriefing de la « Wearable Tech Paris ». – part 1″ que je vous invite à lire en premier lieu en suivant ce lien

Dans la première partie de ce débriefing, je proposais un retour sur les thèmes suivants :

  • Apprendre de l’industrie de la mode pour créer des objets connectés
  • Wearable, IoT et les business models à succès.
  • Le futur de la voiture connectée

Ces premiers échanges traitaient du positionnement des objets connectés en s’appuyant sur la vision proposée par le monde de la mode. Était également abordé le sujet traitant de l’accointance avec l’IoT au sens data du terme avec enfin un focus sur les applications possibles adaptées au milieu automobile.

Au travers de ce second et dernier billet sur le sujet, je propose de vous présenter trois autres thèmes débattus lors de la conférence à savoir :

  • La santé;
  • La maison intelligente;
  • comment réussir une campagne de financement via une plateforme de crowdfunding

4.-Emerging wearable 2.0 health platforms

 

Selon ce panel, une des problématiques d’un objet connecté dédié au milieu médical/santé consiste à permettre aux utilisateurs de l’utiliser aisément tout en garantissant une fiabilité des informations captées. Mais il y a une difficulté à correctement analyser ces données et il est surtout inenvisageable pour une majorité d’utilisateurs de laisser un système tirer des conclusions sur des physiologiques captées en lieu et place d’un médecin. D’autant que l’interprétation des données doit généralement prendre en compte l’environnement dans lequel elles ont été captées. Il y a donc un besoin de contextualisation qui peut souvent n’être fourni que par l’utilisateur.

La propriété des données est, là encore, au cœur de nombreuses réflexions car ces données sont le centre d’attention de bien des acteurs. A titre d’exemple, IMS Health réalise près de 60 millions d’euros de chiffre d’affaire dont une partie sur l’exploitation de données personnelles issues de sources variées et à destination des acteurs de la santé comme les laboratoires. Aussi, comment savoir si les données qui seront captées par les wearables ne seront pas cédées avec des contreparties financières ?

Enfin, on peut distinguer deux types de wearables autour de la santé. La première gamme, autour de la forme et du bien-être, dédiée au grand public, et la second comme dispositif médical liés à des pathologie identifiées (ex : détecteur de chute pour les patient atteints de la maladie de Parkinson) ou comme outil d’aide ou d’assistance pour le milieu médical.
Comme pour le monde du sport, il y a le grand public et le milieu professionnel qui n’adressent pas les mêmes besoins même si les dispositifs peuvent être identiques. Il aurait d’ailleurs été intéressant de voir aborder des initiatives type « Apple Health » notamment sur la capacité à unifier l’accès aux données et la sécurisation de celles-ci. D’autant que Cedric Hutchings, CEO de Withings dont la société a décidé de rendre compatible son application avec la solution d’Apple, participait à la conférence.

Pour conclure, si les objets vont être source d’une masse conséquente de données, l’exploitation de celles-ci pose des questions quant à leur interprétation mais également leur sécurisation. A plus forte raison lorsque ces données, comme dans le cadre médical, revêtiront un caractère fortement personnel. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir les résistances face à la mise en place du DMP (Dossier Médical Patient).

 

5.- The futur of smart homes and contextual experiences

 

Les échanges de ce panel étaient sans doute les plus intéressants de la conférence car on percevait bien une différence de perception entre Mr Varaldi, Directeur des activités chez Qualcomm, et Mr Haladjian, fondateur de la société Sen.se.

Qualcomm fait partie de l’alliance Allseen qui promeut notamment leur langage AllJoyn comme élément fédérateur de communication de l’Internet des objets. Qualcomm prône au travers de l’alliance la création de standard qui permettrait à terme à tout objet de communiquer avec un autre quel que soit son constructeur. Pour se faire, l’alliance essaie de pousser son standard et son langage pour faciliter son adoption et donc, par conséquent, une forme d’interopérabilité des objets.

Mr Haladjian pense au contraire qu’il est ridicule de vouloir créer un quelconque standard car, selon lui, Internet est un standard en soi. D’ailleurs, dans un interview donnée au Monde, il précisait sa vision de l’Internet des objets :

« Pour Rafi, l’Internet des objets est une appellation non contrôlée et déjà obsolète. Dans quelques années nous ne parlerons plus « d’objets connectés », de la même manière qu’aujourd’hui on ne parle plus d’objets électriques. Nous sommes dans une phase transitoire, et l’enjeu n’est pas tellement d’avoir des objets connectés mais de connecter la vie elle-même. – source »

Concernant le « smart building » ou « smart home », la vision de Mr Haladjian est bien de ne pas contrôler sa maison car, si on doit la contrôler, c’est la preuve qu’il n’y a aucune intelligence dans la maison et donc l’absence de « smart home ». Sa vision est de permettre au moyen de la technologie comme le device « mother » et ses capteurs d’obtenir un certain nombre d’informations au sein de la maison pour ensuite pouvoir générer des interactions avec celle-ci. Mais la maison n’est pas uniquement constituée de volets roulants, de lumière et de radiateurs. Ce sont également tous les objets qui la compose et c’est là où il faut agir selon lui.

Une fois encore, le terme de la propriété et du caractère privé des données n’est pas seulement vis à vis de l’extérieur mais également au sein de la sphère privée. A titre d’exemple, avec la « mother » de sen.se, il est possible de créer plusieurs comptes pour une même famille et les informations ne seront pas partagées entre les comptes. On comprend bien que chaque donnée peut revêtir un caractère fortement intrusif et surtout donner la sensation que l’on est en permanence espionné par de multiples capteurs portés ou localisés dans l’habitation. Plus qu’une notion de privé face au domaine public, c’est la notion de personnel au sens individuel qui prédomine.

En conclusion, le mot « smart » qu’il soit pour la maison, les montres ou même la santé, indique bien qu’au delà du terme « Internet of Things », on aborde également la notion d' »Intelligence of Things ».

 

6.- Funding a wearable tech and IoT startup.

 

source : https://twitter.com/ConnectedStuffs

source : https://twitter.com/ConnectedStuffs

Cette thématique clôturait cette journée et les interlocuteurs se sont attachés à échanger sur la difficulté et les moyens pour se lancer lorsque l’on n’en est qu’au stade de l’idée conceptuelle. Fort logiquement, le sujet a beaucoup tourné sur les plateformes de crowdfunding type kickstarter ou indiegogo. Avec comme sujet principal : comment réussir son lancement sur ce type de plateforme ?

Sur ce sujet,  Barbara Belvisi (Co fondatrice de la société Elephants & Ventures) comparait ces plateformes à un gigantesque Télé-Achat mondial. Les potentiels « founders » de ces plateformes ont besoin de visualiser le produit et s’imaginer le posséder chez eux. Sans cette capacité d’appropriation, ils ne se risqueront pas à investir. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les projets de type software ont des difficultés à exister et réussir leurs campagnes sur ces sites.

Pierre Fochgarian, co-créateur de PRIZM précisait  en complément l’importance de la vidéo de présentation qui représente une large part du succès potentiel de la campagne. Les visiteurs zappent très vite d’un produit à l’autre et doivent par conséquent identifier très rapidement le potentiel d’un produit.

L’exemple le plus parlant fut celui de la glacière connectée qui après une première campagne en demi-teinte (100.000$ sur un objectif de 150.000$) relança une nouvelle campagne en ajustant les paramètres suivants :

  • lancer la campagne l’été là où le besoin de glacière est plus important
  • exploiter les retours des acheteurs potentiels en modifiant le form factor du produit.
  • retravailler la vidéo pour adopter un ton plus léger

Résultat : 13 millions de $ sur un objectif initial de 50.000$ soit le projet le plus financé sur Kickstarter (plus d’infos dans ce podcast ).

Le créateur de Prizm confirmait avoir travaillé plusieurs mois le lancement de sa campagne car si l’objectif n’est pas atteint dans les premiers jours, il est bien souvent difficile d’envisager réussir sa campagne avec succès.

La conclusion de ce panel indique bien la nécessité de préparer sa campagne de financement car, au final, les contributeurs d’une campagne ne misent pas sur une société ni même un concept mais bien sur un produit.

 

 Conclusion

 

Les différents thèmes animés par de multiples intervenants permettent à mon sens de faire ressortir un certain nombre de points.

A l’heure ou le mot « wearable » commence à inonder tous les blogs et sites du monde digital, la réalité montre que ce microcosme est encore jeune et se cherche sur certains points aussi bien en terme d’usage que de technologies. Il ne fait aucun doute en revanche que les prochaines années seront marquées par un engouement de plus en plus important autour du wearable. Et beaucoup d’acteurs, anciens ou nouvellement créés, cherchent à imposer leur vision sur ce marché en devenir.

Cependant, un certain nombre d’interlocuteurs  envisage plus une adoption du wearable via une utilisation massive en milieu professionnel. Seul l’avenir confirmera ou non ce positionnement mais il est certain qu’un grand nombre des objets de notre quotidien a d’abord fait ses armes dans les milieux professionnels.

Ce que je retiens en revanche, c’est une quasi-unanimité sur le fait que ces objets sont et seront générateurs d’une grande quantité de données; et avec celles-ci se posera la question de la propriété et de la protection de la vie privée. D’autant plus que finalement les objets importeront peu pour des entreprises qui préféreront probablement capitaliser sur la masse de données potentiellement monétisables issues de ces objets. Et c’est là où le wearable rejoint le monde de l’IoT.

Enfin, les industriels et startups ne doivent pas oublier que ces objets seront portés et donc visibles par tous. Et tous les utilisateurs ne se satisferont pas d’un design approximatif. Comme tout accessoire, l’objet connecté se devra d’être beau, fashion et actuel. Sans cela, il risque de se voir refusé par le grand public et rester cantonné au rôle d’accessoire geek d’une communauté de fans.

Pour conclure, cette journée fut riche en enseignements et impressions. Cela confirme bien l’intérêt à conserver un œil attentif sur ce monde en devenir qu’est le « connected wearable ». En revanche, il n’y a quasiment eu aucun échange autour des produits et stratégies des grands acteurs tels qu’Apple ou Google, or il n’a échappé à personne qu’ils sont de puissants moteurs du monde du wearable. L’explication de cette absence dans les échanges tenait peut être au choix des interlocuteurs qui, pour certains, se positionnent sur les mêmes marchés ou verticaux. Gageons que ces oublis seront probablement corrigés dans une édition future.

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